L’œuvre de Quentin Guichard brosse une genèse singulière de la matière. Issu d’une formation cinématographique, il oriente peu à peu sa pratique vers la photographie, de façon à « échapper à ce que le cinéma impose, c’est-à-dire le récit ». Il avoue pourtant à demi-mot ne jamais s’en  être totalement libéré. Difficile en effet de lui consentir la place de simple photographe extérieur au déluge des matières qu’il figure dans ses créations. Car Quentin Guichard est autant photographe qu’acteur et inventeur de récit : il approche la photographie par la narration, chaque production représentant une pièce intermédiaire permettant au récit d’avancer. Un récit non linéaire et profondément holistique, qui tente de saisir l’insaisissable : les origines de la matière.  
Dans Souffle des roches (2017), des boules de feu semblent projeter des filaments de lumière dans l’espace. Les huit « photographies à l’encre » de la série font la synthèse du monde cellulaire et du monde astral. Sensiblement attiré par la question du feu des origines, Quentin Guichard cherche en premier lieu à « montrer quelque chose qui précède tellement l’Humanité qu’elle pourrait se sentir dépossédée ». Pour ce faire, il évacue toute référence à la figuration, lui préférant la modulation d’un motif primitif – l’informe rocheux – qu’il dilate, entortille et entremêle. Symboles d’un enchevêtrement de lumière (du soleil) et d’ombre (des entrailles du monde), ses « exographies », travaillées à partir de l’encre de chine, rappellent les intrications entre l’émergence de la lumière et les corps sensibles.
Là où Souffle des roches se déployait dans des couleurs telluriques, si ambrées qu’elles en devenaient primitives, la série monochrome Les Lapidaires (2020) donne à voir un autre versant de la roche. Elle appelle à saisir une certaine mémoire du temps, quête inlassable dans la production de l’artiste. Les neuf photographies figurent des mouvements d’orgues basaltiques islandaises, présentant la particularité d’avoir été figées sous l’effet du refroidissement soudain du magma au contact de l’air et de l’eau. Elles portent ainsi les stigmates d’un temps lointain. Cette caractéristique offre une lecture singulière à l’œuvre, qui réussit à rendre tangible le temps de la roche en formation. L’équivoque y est maître-mot. À la fois empreinte des forces telluriques et image fantasmée d’un paysage hostile d’une exoplanète, le panorama prend un sens double : on délaisse volontiers l’observation des formes extérieures de la roche pour observer leur structure interne. Vertigineuse ascension au cœur de la matière.

EXPOSITIONS

 

Native – Minéral. Exposition collective. Sur proposition des galeries Guido Romero Pierini et Faure Baulieu. 20.11 – 18.12 2021.

In Overscheyt. Galerie Bertrand Hassoun, Besançon à venir. 09.09 - 17.10.2021

In Overscheyt. Eglise Saint-Merry, Paris. 15.05 – 27.06.2021

Souffles élémentaires. Galerie Bertrand Hassoun, Besançon. 25.10 – 09.12.2018

Souffles élémentaires. Galerie Cheloudiakoff, Belfort. Mois de la photo 2018. 14.04 – 05.05.2018

Exographies. Eglise Saint-Merry, Paris 13.07 – 26.08.2014

Exographies. Galerie Cheloudiakoff, Belfort 13 – 15.03.2014

 

DISTINCTIONS

 

Prix Félix Fénéon artistique 2020.

2021. Nommé co-lauréat par la chancellerie des universités de Paris

Prix de la Photographie de Paris (PX3)

2020. Médaille d’argent pour la série Les Lapidaires
2019. Mention honorable pour la série Les espaces illuminés

International Photography Award (IPA)

2015. Mention honorable pour l’œuvre L’abîme d’en haut (hors-série)

PUBLICATIONS

 

Souffle des roches.

2021. Edition limitée à 50 exemplaires signés. Publiée par See édition.

Native. Vol 1. Les parois du monde.

2021. Catalogue de l’exposition collective Minéral. Editée par See édition.